vendredi 28 décembre 2007

Histoire de la crapote acte II : La Genèse de la crapote

Me voici de nouveau chers amis, Truman Crapote, pour vous raconter un nouveau chapitre de l'histoire du crapotage.

Cette fois, il s'agira du fameux épisode où les catégories populaires se prirent en main, et inventèrent un moyen de s'éduquer par elles-mêmes, au moyen d'un jeu mystérieux, qui s'appellera "la crapote".

Pour comprendre ce phénomène, il faut revenir sur le contexte d'apparation de la crapote. Les premiers résumés de parties ont été découverts à la fin du XIXe siècle. On suppose donc que l'idée de ce jeu a germé pendant la deuxième moitié de ce siècle, sachant que ces écrits témoignent d'un développement important des schèmes, d'une complexité des motifs, d'un raffinement des tournures et des règles invoquées : distinction de l'international et du national, avec prise en compte des conflits éventuels qui pourraient invalider les réglements internationaux, ou alors prises de positions en faveur du protectionnisme ou du libre-échange.

Pendant la première moitié du XIXe, on a vu dans la plupart des pays européens se réaliser un "take off", décollage économique, accompagné d'une croissance soutenue, et d'un développement technique. L'exode rural a offert à l'industrie naissante une main d'oeuvre à peu de frais. Les ouvriers ont subi des conditions de travail très dures : 14 à 16h de travail par jour, aucune protection sociale et des accidents fréquents.

Face à cet état de fait, partout en Europe est apparu un mouvement ouvrier. En France, les premiers syndicats ont vu le jour officiellement à la fin du XIXe : CGT, bourse du travail, etc... Pour comprendre cette apparition, ainsi que la raison pour laquelle le socialisme a été majoritaire, il faut se pencher sur l'apparition du crapotage.

En fait, on trouve des signes d'une crapote antérieure à l'apparition du syndicalisme ouvrier : dans certains cafés londoniens ou berlinois, on a retrouvé des documents datant de 1850, révélant l'existence d'accords multi-polaires entre la Flandre et la Hollande, qui n'ont un sens que si l'on se réfère à la crapote économique et sociale : on suppose que les ouvriers ont utilisé ce jeu pour simuler la façon dont l'industrialisation se produisait et "faire comme si" ils avaient un contrôle sur cette révolution.

Exemple de traité multi-polaire : "Je place ton industrie textile à Manchester et Berlin pour créer des tensions sociales à Londres et crapoter ta capitale. Si tu continues à briser mon lien social dans l'échelle 6 de Richter tu auras affaire à mes scientifiques hégéliens."

Cette façon de faire des traités ainsi, correspond exactement à la volonté de planification inhérente à l'idéologie socialiste. Ainsi, Durkheim, dans son étude sociologique de cette pensée, écrivait : "On appelle socialiste toute doctrine qui réclame le rattachement de toutes les fonctions économiques, ou de certaines d'entre elles qui sont actuellement diffuses, aux centres directeurs et conscients de la société."

On voit d'ores et déjà pourquoi les proto-crapoteurs ont été pour beaucoup des socialistes, et pourquoi les ouvriers ont été attirés par ce courant, et il suffit de citer Durkheim une fois de plus pour voir d'où vient cette idée de contrôle rationnel de l'économie et la société :

"
Loin d'être un retour en arrière, le socialisme, tel que nous l'avons défini, paraît bien plutôt impliqué dans la nature même des sociétés supérieures. Nous savons, en effet, que, plus on avance dans l'histoire, plus les fonctions so­ciales, primitivement diffuses, s'organisent et se socialisent. L'armée, l'édu­ca­tion, l'assistance, les voies de communication et de transport, etc., ont déjà subi cette transformation et, dans le livre déjà cité, nous avons essayé de prou­ver qu'elle était nécessitée par les changements qui se sont parallèlement produits dans la constitution du milieu social. Si donc les conditions fonda­mentales dont dépend le développement historique continuent à évoluer dans le même sens, on peut prévoir que cette socialisation deviendra de plus en plus complète et qu'elle s'étendra peu à peu aux fonctions qu'elle n'a pas encore atteintes. On ne voit pas par suite de quel privilège les fonctions écono­miques seraient seules en état de résister victorieusement à ce mouvement"

En constatant l'évolution du monde et de leur quotidien, les ouvriers ont donc joué dans leurs moments de détente, à triompher contre leurs adversaires grâce à tout ce qui constituait leur environnement extérieur. La socialisation des fonction sociales leur a donné de plus en plus le sentiment d'avoir le monde à portée de main, et ils ont ainsi compris le fondement même de la crapote : la pratique humaine comme pratique de l'homme total sur le monde total. Ainsi, Marx a écrit dans ses thèses sur Feuerbach : "
La question de savoir s'il y a lieu de reconnaître à la pensée humaine une vérité objective n'est pas une question théorique, mais une question pratique. C'est dans la pratique qu'il faut que l'homme prouve la vérité, c'est-à-dire la réalité, et la puissance de sa pensée, dans ce monde et pour notre temps. La discussion sur la réalité ou l'irréalité d'une pensée qui s'isole de la pratique, est purement scolastique."

On comprend alors facilement le phénomène de la crapote à ses débuts, et son apport en terme de syndicalisme et au sein du mouvement ouvrier : notamment l'idéal d'émancipation individuelle et collective de l'humanité.

Mais nous verrons que la crapote ne s'est pas limité à des manifestations ouvrières sordides, et que l'apport des barons de l'école autrichienne est inestimable pour une crapote moderne et véritable.

samedi 22 décembre 2007

Histoire de la crapote acte I : les précurseurs (ou proto-crapoteurs)

Nous savons d'ores et déjà que, bien que masquée, la crapote a toujours existé et existera toujours. Cependant, il semble nécessaire de fixer les barres sur les I et les points sur les T (encore un peu de crapote!) afin d'avoir une idée plus précise de l'illumination de la crapote.

La crapote se vit, se ressent. Quand Saül est devenu Paul, il n'a pas réellement vu Dieu, mais une forme aliénée de la crapote. Il peut réellement, par cette illumination, être considéré comme l'un des précurseurs de la crapote. On ne peut pratiquer le crapotage sans cette forme de surprise permanente, cette joie intense de la découverte instantanée des saveurs exquises inconnues jusqu'alors. C'est de cette joie dont parlait Spinoza, qui donnait la voie à la perfection de l'âme, par l'amour intellectuel de Dieu. Là encore, Dieu a servi d'alibi pour redéfinir un peu mieux la crapote, comme libre-nécessité. Car on l'a vu précédemment, la crapote est la seule chose qui "agit par la seule nécessité de sa nature" : elle n'a pas de règles, et elle détermine tout, par chaînes causales.

Dans les proto-crapoteurs, il y a donc eu Spinoza, St Paul. On peut également parler de révélation pour un certain Gracchus Babeuf, certes plus tardivement, mais d'une façon très efficace : "Plus de propriété individuelle, la Terre n'est à personne, les fruits sont à tout le monde". Cette phrase peut-être considérée comme le leitmotiv de la crapote : pour le temps d'une partie, les joueurs mettent en commun leurs compétences, leurs idées, leurs savoirs, leurs indentités, leurs biens et leur argent. Il y a une suspension de la propriété, dans un respect mutuel et une saine émulation. Ce précurseur a été précédé par d'autres sur ce thème, et a eu des successeurs : Thomas Münzer, Robert Owen, Fourier... Dans un certain extrêmisme, Karl Marx transformé la crapote en programme politique, et, en cela, on pourrait parler de "schisme de la crapote"... Cependant, les schismes et les écoles de la crapote feront l'objet d'un autre article.

Nous avons vu les aspects théoriques du proto-crapotage. Prenons maintenant les aspects pratiques. Marcel Mauss, sans le savoir, nous a offert une documentation considérable sur le crapotage dans les sociétés traditionnelles, à travers ce que l'on a longtemps appelé le "don". Ce don a été considéré par Mauss comme un "fait social", car il s'agit d'un phénomène imposé à l'individu par le collectif. En effet, en tant qu'"échange-volontaire-obligatoire", le don maussien répond à la règle fondamentale de la crapote : "il est interdit de refuser une partie de crapote". Mauss a fait des recherches sur les sociétés polynésiennes, les Maoris, et d'autres sociétés dites "archaïques", et il est clair que le refus de recevoir et de donner en échange conduisait généralement à la guerre.
Au fond, comment mieux définir la crapote que par la pratique du Potlatch, ces grandes fêtes où la rivalité se manifestait par des dons gigantesques que l'on avait l'obligation de recevoir, et qui nécessitaient que l'on réponde par un présent d'égale valeur ?
Certes, le crapotage n'est pas un "échange" à proprement parler, puisqu'il ne dure que pendant la partie, et englobe bien plus d'actions qu'un simple mouvement de biens d'une main à une autre. Mais l'esprit de crapotage est là : faire confiance à l'autre, être inventif, être meilleur dans le don de soi pour gagner.

Dès le proto-crapotage, c'est le peuple qui s'est illustré le mieux dans cette pratique, et des théoriciens ont apporté les fondements philosophiques à sa compréhension et à sa maîtrise. Nous verrons que la crapote a suivi une évolution similaire, lors de la révolution industrielle.

jeudi 20 décembre 2007

Présentation de la crapote

Bon, je me présente, Truman Crapote, introducteur officiel de la crapote moderne aux USA, diplomé d'un collège privé de West Side à NYC, j'ai été nominé par le Fédération Internationale de Crapote pour introduire cette pratique en France.

D'abord, je vais vous faire une présentation du jeu - puisqu'il s'agit avant tout d'une activité ludique. La crapote constitue en fait la base de toute action humaine rationnelle. La crapote se présente avant tout comme un processus de création de cause. En effet, la crapote est perpétuelle, et le crapotage universel. Exemple : j'allume ma télé, je la mets donc en crapotage, ne serait-ce que le temps de la regarder. Quand je l'éteins, je la décrapote, pour lancer un autre crapotage, etc... Bref, la crapote est chaîne causale ininterrompue. Les humains n'ont pas conscience que le monde se résume à leur activité pratique, et donc au phénomène de crapotage : leur activité est divisée en classes, en nations, en ethnies et en cultures. De fait, il n'existe que des formes indirectes de crapotage. Tous les jeux humains sont des formes de crapotage : dans le jeu de l'oie, je crapote des cases avec mon pion, et ce crapotage entraîne une transformation dans l'être oie. On voit que le crapotage est réciproque : l'oie crapote la case et la case crapote l'oie. Ainsi, on peut également définir l'amour comme une forme dérivée du crapotage.

Alors, qu'est-ce que la crapote pure ? La crapote directe ? C'est la crapote qui est sa propre fin, et qui obéit aux joueurs. La crapote a donc des règles à géométrie variable, réformables, abrogeables, bref, comme disait le grand Miguel Desanti, "tout est possible dans la crapote".
Il existe cependant UNE règle inalénable : Il est interdit de refuser une partie de crapote.

La crapote a été inventée sous sa forme pure dans les milieux populaires au XIXe siècle comme une forme de critique satirique de l'industrialisation, elle s'est répandue dans les réseaux ouvriers et paysans dans toute l'Europe, puis aux Etats-Unis. Son apogée a été atteint aux début du XXe siècle, mais une répression violente l'a bannie pour inefficacité économique : sous Vichy, sous Roosevelt, puis plus durement sous Thatcher et Reagan. Introduite en Russie après la révolution d'octobre, Staline l'a interdite à partir des premiers plans quinquennaux car ses ouvriers y jouaient pendant les heures de travail (ils y avaient le droit auparavant). Je me situe donc dans une démarche de réintroduction de la crapote, de la crapote nouvelle et moderne.

Une partie de crapote se déroule au tour par tour ou non, les joueurs peuvent avoir recours à toutes les ressources possibles, dans les limites fixées par eux-mêmes. Par exemple, l'usage de billets de banque pour favoriser l'investissement dépend du type de crapote dont il s'agit : crapote économique ? crapote libre ? crapote sociale ? Dans les deux premiers cas, cet usage est possible, dans le troisième, l'usage économique de billets est interdit puisque le cadre est purement social.
Il existe autant de type de crapote que d'invention de type de crapote.

Tous les aspects de ce jeu, de cet art de vivre devrait-on dire, seront développés sur ce blog dans des articles : histoire, divergences, schismes, sociologie de la crapote, résumés de partie, etc...

Bienvenue sur ce blog et vive la crapote !